Une lettre de Bertrand Tavernier et Thierry Frémaux

Madame, Monsieur, chers amis de l’Institut Lumière,

 

Nous allons d’emblée citer les mots de l’année pour vous les épargner ensuite: virus, épidémie, confinement, déconfinement, etc. Nous les connaissons tous, nous les expérimentons chaque jour, nous vivons avec et rien de ce que nous faisons ne se soustrait aux règles publiques en vigueur et aux nécessaires mesures de distanciation physique, qui permettent de veiller sur soi comme sur les autres, et de continuer à vivre.

Hier, l’Institut Lumière a repris ses activités de projection après la coupure de l’été. Nous tenons beaucoup à cette programmation, « FaceB », qui permet de visiter l’histoire du cinéma d’une autre manière et d’en renouveler les modes de références. Nous savons que vous le ferez avec curiosité et gourmandise. Pendant l’été, le Musée et la librairie ont vu leur nombre de visiteurs être quasi-égal à celui de 2019. Et le Café Lumière, dans ce quartier de Monplaisir que le cinéma enchante à nouveau, vient de rouvrir ses portes de belle façon, grâce à votre active présence et votre fidélité.

Depuis mercredi, les entrées dans les cinémas français semblent frissonner. Certes, elles n’ont pas retrouvé leur niveau habituel mais il n’y pas à s’en étonner puisque tout l’explique. Les films n’étaient pas si absents que cela, mais deux mois étaient sans doute nécessaires pour la reprise. En ce début septembre, tout porte à croire, avec de nouveaux beaux films qui arrivent, que les spectateurs reviendront aussi.

Cette rentrée permettra de faire le point sur les véritables perspectives qui s’offrent aux exploitants, aux distributeurs, aux producteurs et aux auteurs. Ces perspectives sont entre nos mains, entre vos mains. Foin des prédictions alarmistes, le cinéma existe encore, il ne nous a jamais quitté. Les plateformes relèvent d’une sorte de nouvelle télévision, elles cohabitent tout autant que l’ancienne avec le cinéma. On espère qu’on parlera d’elles… dans 125 ans, l’âge en 2020 du Cinématographe Lumière.

Depuis 1895, les cinémas n’avaient jamais fermé leurs portes. Nous pouvons y retourner, profitons-en. Dans les nôtres (Hangar du Premier-Film ou Cinémas Lumière), comme dans toutes les salles de Lyon et de France, la sécurité sanitaire est parfaitement assurée. On doit vivre avec des masques ? Nous le ferons puisqu’ils sont désormais imposés partout. Nous verrons donc nos films avec des masques, nous en parlerons dans la rue avec des masques, et nous dinerons entre amis en faisant attention. Et quand arriveront des jours meilleurs, on se souviendra avec émotion qu’on aura tenu bon.

Aujourd’hui, alors qu’approche le festival Lumière dont nous allons bientôt annoncer le programme et ouvrir les réservations, nous voulons exprimer notre optimisme et nos convictions, montrer la combativité dont il faudra faire preuve pour retrouver toute notre énergie et pour comprendre ce nouveau monde qui nous entoure.

Nous avons besoin de vous. Car avec vous, avec la presse, avec l’Etat et les collectivités publiques, avec nos partenaires, nous voulons redire l’importance de la culture, réaffirmer la place de nos lieux et de nos événements dans les villes et les territoires, les voir porter les débats contemporains, s’adapter pour contribuer à de nécessaires combats. Nous voulons répéter que la richesse que représentent ces échanges suscités par les créateurs et leur travail est inestimable.

Au cours de ces derniers mois, nous avons tous réfléchi sur la place que le cinéma occupe dans nos vies. Nous avons la réponse : elle est immense.

Nous vous souhaitons un bel automne et avons hâte de vous retrouver.

Très cordialement,

Bertrand Tavernier & Thierry Frémaux

Communiqué de Presse