Moins de brutalité dans le rugby : les formations d’Auvergne s’engagent

2018 a été une année noire pour le monde français de l’ovalie. Deux joueurs sont morts au cours d’un match dans le Cantal et le Puy-de-Dôme. Pour que les terrains de rugby ne se transforment pas en cimetière, les écoles de la région ont décidé de prendre le taureau par les cornes. Elles organisent une refonte totale du jeu et de sa pratique. PressNut News est allé à la rencontre de Michel Lafarge, président du Stade chamaliérois.

PressNut News : Faut-il revoir en profondeur les règles du jeu ?

Michel Lafarge : C’est revu à notre niveau amateur par la Fédération française de rugby. Au sein de notre école, il y a de nouvelles phases dans le calendrier pendant lesquels les jeunes joueront sans plaquages. Maintenant, il faut quand même préciser qu’au niveau amateur les choses sont très différentes du jeu pratiqué par les professionnels.

En quoi est-ce très différent ?

Dans l’apprentissage du plaquage, nous insistons beaucoup sur la posture, sur la façon de se positionner. C’est un travail en plusieurs étapes. Les plaquages chez nous sont limités entre la ceinture et les pieds. Cela réduit considérablement les problèmes d’impact au niveau du thorax, du cou et de la tête. Nous n’avons jamais autorisé les plaquages au-dessus de la ceinture.

Que diriez-vous à des parents inquiets d’inscrire leur enfant dans une école de rugby ?

Ce que nous disons aux parents anxieux, c’est que nous ne faisons pas la même chose que ce que l’on peut voir à la télévision. Nous limitons les impacts au maximum. Le jeu développé est beaucoup moins brutal que celui pratiqué en Top 14 par exemple.

Que pensez-vous de l’idée de la Fédération française de rugby de favoriser l’évitement plutôt que le contact ? Est-ce réaliste ?

Ce ne serait pas une nouveauté pour nous car c’est ce que nous promouvons depuis le début dans notre petit club de Chamalières. En plus, historiquement nous n’avons jamais eu de gros gabarit. Il faut surtout apprendre aux garçons à se baisser pour plaquer. Ainsi, ils se feront beaucoup moins mal.

Est-ce qu’un enfant pas spécialement musclé et plutôt mince peut quand même pratiquer ce sport ?

Bien sûr. Pour moi, c’est un des rares sports qui est ouvert à tous les gabarits. Dans notre école, nous avons toujours joué sur la vitesse. L’idée est de courir dans les espaces libres au lieu d’aller à l’affrontement. C’est d’ailleurs un sport accessible aussi bien aux garçons qu’aux filles. À Chamalières, nous avons d’ailleurs cette année une équipe de fille championne de France en rugby à 5. Cela prouve que la technique de l’évitement et de la vitesse marche très bien puisque nous avons remporté ce titre féminin. Les filles ont une très bonne vision du jeu. Je trouve qu’elles arrivent plus souvent à trouver la solution pour évoluer dans des espaces libres. Si nous comparons les deux équipes hommes et femmes de l’ASM, le jeu des filles qui est moins dans le contact est intéressant à observer. Dans notre école, jusqu’à 15 ans, garçons et filles jouent ensemble. Comment se passe la prise en charge quand un jeune se blesse ? Nous ne prenons aucun risque. Tous nos éducateurs sont formés aux premiers secours. En cas de doute, nous appelons immédiatement les pompiers. Il s’agit de situations extrêmement rares. Le contact est une technique qui prend
beaucoup de temps à assimiler. Il y a donc peu de petits qui pratiquent le plaquage, et au niveau amateur, le contact est réduit au minimum.

C’est une autre philosophie du rugby?

Nous sommes dans une approche de loisirs c’est à dire que nous avons moins d’entrainements par semaine que les professionnels. Nous privilégions le jeu où tout le monde s’amuse. Il y a moins de tactique mise en place. Quand votre objectif est juste de faire circuler le ballon, vous avez tout de suite moins de bobos. Entre les seniors pro que nous voyons à la télévision et les juniors dans nos écoles, il y a un fossé.

Le rugby professionnel doit-il s’inspirer du jeu des amateurs afin d’éviter un accident mortel comme celui qui a eu lieu cet été ?

Sur la hauteur du plaquage, oui, c’est évident ! Ça plaque beaucoup trop haut et les fautes ne sont pas tout le temps sanctionnées. Il ne faut pas oublier que nous sommes un sport où les décisions se prennent à l’appréciation de l’arbitre. J’ai encore vu lors du dernier match au Stade Marcel-Michelin un joueur en cravater un autre au cou sans prendre de carton parce que l’arbitre estimait que ce n’était pas fait exprès. La ligue anglaise est en train de réfléchir à baisser la taille du plaquage. Le problème est qu’il y a des enjeux financiers énormes. C’est quand même moins spectaculaire de voir un plaquage bas plutôt que des gens debout qui se rentrent dedans.