Les nouvelles dents des sans-dents

Emmanuel Macron vient de faire valider sa réforme de l’Assurance maladie concernant le remboursement des soins dentaires. Un projet symbolique pour contrecarrer une partie de l’opinion publique qui fait de lui le président des riches. Notre président de tout juste 40 ans (et toutes ses dents?) veut montrer qu’il est différent de celui qu’il appelle affectueusement son « prédécesseur ».

Heureusement que le chef de l’État n’a pas vécu au temps des Visiteurs sinon quid de Jacouille la Fripouille pour nous amuser. Avec une dentition « email diamant » l’effet comique de Christian Clavier sans ses chicots aurait été grandement diminué. Il y a 10 ans le signe extérieur de richesse c’était la Rolex puis les Ray-Ban Aviator (déjà plus accessibles). Aujourd’hui, nous revenons à des considérations plus terre à terre et il faut l’avouer beaucoup plus indispensables. Je m’adresse à ceux qui n’ont jamais eu à en souffrir. Il est beaucoup plus pénible de vivre avec des caries qui vous brûlent à chaque fois qu’un truc plus ou moins sucré vous rentre dans la bouche (c’est à dire tout le temps) que de se balader sans avoir 24.000 euros attachés à ses poignets. Si, si faites le test, un mois de régime Haribo-Nutella et une douleur insidieuse prendra forme. Vous compterez les jours qui vous séparent du rendez-vous chez le dentiste, tel un croyant attendant le messie pour le soulager de ses maux.

Facéties mises de côté, de quoi s’agit-il ?

Deux des plus grands syndicats de dentistes ont donné leur feu vert au nouveau protocole de l’Assurance maladie. Cette convention approuvée permet le remboursement total de certaines prothèses dentaires. Si la profession reste sceptique, c’est une victoire pour les patients les plus désargentés tant ces soins coûtent chers. De plus en plus de Français n’hésitent pas à aller se faire traiter à l’étranger pour la pose d’une couronne ou d’un bridge. Un tourisme dentaire s’est d’ailleurs développé en Hongrie et au Maroc.

Dorénavant, les prix des prothèses auront un seuil à ne pas dépasser. Les dentistes obtiennent eux une augmentation des soins plus basiques comme le détartrage ou le traitement des caries. L’objectif est de favoriser la prévention pour empêcher de rendre inéluctable des opérations coûteuses. Précisément, seront intégralement remboursées les couronnes en métal pour les dents du fond et en céramique pour celles de devant. En revanche, soyez encore un tout petit peu patient, la réforme entrera en vigueur seulement en 2020.

Naturellement, comme à chaque avancée sociale, certains syndicats estiment que c’est un retour au Moyen-Âge (toujours bien de citer le Moyen-Âge quand on n’est pas content), que le patient n’a qu’à être plus riche où que la Sécu n’a qu’à mettre la main à la poche (les mêmes qui trouvent qu’on paie trop d’impôts et qui demandent à l’État de sortir le carnet de chèques, va comprendre Charles !).

Cependant, il apparaît que de nombreux praticiens notamment dans les déserts médicaux occupent 80% de leur activité pour des soins mineurs. Il s’agit de prestations peu rémunératrices qui rend difficile financièrement la vie d’un cabinet dentaire. Le remplacement d’une dent est souvent une intervention qui permet économiquement au praticien de retomber sur ses pattes, d’où une certaine grogne.

Nos amis les enfants ne sont pas oubliés non plus. Certes ce ne sont que des sans-dents en devenir mais la nouvelle réforme met au point la gratuité des contrôles bucco-dentaires de 3 à 24 ans contre 6 à 18 ans jusqu’ici. Il y a même un petit ajout préventif de fluor chez les kids de 6 à 9 ans qui est pris en charge. Fini les sourires disgracieux sur la photo de classe.

Est-ce du soin low-cost qui remplace un traitement de qualité ? Ptêtre bin qu’oui, ptêtre bin qu’non. Cela va surtout convaincre le « 1 Français sur 2 » qui renonçait à se soigner faute de moyens de pouvoir franchir la porte du dentiste. Rien que ça, c’est une énorme avancée. La Sécurité sociale a également demandé un effort aux complémentaires santé pour mieux couvrir leurs clients. Si elles promettent qu’il n’y aura pas d’augmentation des cotisations cette année, pas sûr que les complémentaires n’essaient pas de se rattraper après 2020.

Plutôt que l’écriture inclusive qui déconstruit tout, la santé inclusive s’inscrit davantage dans une vraie démarche d’égalité dans l’accès aux soins. Lorsqu’en 2016 Valérie Trieweiler avait révélé que le président Hollande appelait les pauvres les “sans-dents” cela avait provoqué une vague d’indignation populaire, mêlé à une immense colère. Le petit monde politique a senti passer le vent du boulet ! Nul besoin de Brigitte Macron pour savoir que le président Macron considère les pauvres comme des personnes qui coutent un pognon de dingue en aides sociales et bloquent le pays en tee-shirt ! Vivement le prochain quinquennat, les français auront peut-être tous un costard et le revenu universel. Mais ne rêvons pas trop…