Avant de « prendre les mots pour ce qu’ils sont, et de les mettre en rapport avec d’autres mots » pour susciter chez le lecteur un émerveillement, Sébastien Faure, écrivain lyonnais, a une formation d’architecte et une expérience de l’horizon en tant que marin. Ce bourlingueur, journaliste également, a changé de cap dans sa vie très souvent et nous propose un parcours poétique parmi les œuvres, dessins, maquettes, peintures de quatre autres artistes, réunis autour d’un même thème, à la Galerie Françoise Besson, du 6 avril au 2 juin 2018, 10 Rue de Crimée à Lyon.

Pressnut News : Comment est venue cette idée d’exposer vos poèmes ?
Sébastien Faure : J’ai fait une rencontre avec le Commissaire de l’exposition Frédéric Khodja. Nous nous sommes liés d’amitié dans la blogosphère à l’époque où j’avais un blog et nous nous sommes appréciés mutuellement. C’est quelqu’un qui aime faire des choses et mettre en relation les gens qu’il aime notamment les artistes. Il considère mon écriture et à ce titre-là, il a voulu que je participe à une exposition. Il m’a donné l’occasion d’exposer des poèmes – ce qui est assez rare d’investir des lieux qui sont plutôt dédiés à l’art contemporain. Le concept me plaît car je n’aime pas du tout la poésie qui est dans la performance. C’est une démarche un peu « pop » d’écrire des textes tout simplement.

Vous exposez à la Galerie Besson avec quatre autres artistes. Pouvez-vous nous en parler ?
Il s’agit d’une exposition collective : ce sont des textes écrits en fonction de notre thématique : « C’est bien sûr l’horizon mais ce sont surtout les cloisons ». C’est une incise qui a pris forme lors d’une discussion avec Frédéric Khodja pendant laquelle je lui disais que ce j’aime dans l’espace des appartements, c’est un espace où l’on peut danser librement sans se faire mal, sans se cogner dans les murs, c’est un espace bien pensé. Dans cette phrase que j’ai écrite c’est l’idée de penser que l’horizon a une connotation négative, c’est une ligne qui borne la perception alors qu’en fait les cloisons c’est là où on habite, là où on divise, où chaque fois l’on peut être plusieurs. C’est là que l’on restitue nos créations, c’est là où l’on prend ses repas, où l’on fait l’amour, où l’on joue et c’est quelque chose d’important. La collaboration avec les quatre autres artistes s’est faite d’une manière collégiale et bon enfant c’est-à-dire que nous avons beaucoup communiqué entre nous via Messenger car ils avaient beaucoup d’événements hors de Lyon, à l’étranger. Nous sommes très contents de faire cela ensemble parce qu’effectivement parmi les artistes qui seront présentés, il y en a notamment qui créent des maquettes liées à l’architecture. Frédéric Khodja dessine le lieu, un espace à la géométrie simple, Mengzhi Zheng travaille avec des formes, des structures un peu libres qui nous demandent un peu de terminer le travail avec lui sans trop être réalistes, Jérémy Liron, quant à lui, dessine et est également dans le travail de maquettes. Dans les maquettes qu’il présente, nous avons la sensation de voir quelque chose que l’on pourrait construire : il s’intéresse à la ville, à des ensembles pavillonnaires, des bouts de ville et il induit sa lumière et sa patte là-dessus. Rémy Jacquier monte des architectures sans les couper des contraintes de la construction.

Quelle est au fond la problématique de ce travail en commun, autour de l’architecture, de l’espace ?
Nous sommes tous très différents mais le fait de nous mettre ensemble donne une liberté de perceptions. Dès qu’une personne pourra lire l’horizon, il aura par exemple la possibilité de se réfugier à l’intérieur d’une maquette quelque part. A chaque fois que quelqu’un se sentira trop à l’étroit, il aura la possibilité de lire un texte ou à travers l’œuvre de Frédéric se déplacer dans un espace assez sédimenté et c’est cette volonté de non pas œuvrer pour dire une même chose mais de créer avec cinq personnes, dont Frédéric aime le travail, ensemble, autour d’une même thématique, une expérience pour chacun et sans doute une expérience différente.

Pouvez-vous nous parler de votre recueil exposé : L’homme en série ?
L’homme en série n’est pas ma façon habituelle d’écrire à savoir une écriture intuitive : c’est d’abord un exercice dans lequel je mettais tous les clichés que j’avais des États-Unis, comme si je voulais franchir l’horizon et habiter quelque part ; et en fréquentant finalement cet espace-là, j’avais exactement les mêmes sensations, les mêmes pensées qu’ici. L’Amérique évoque une ponctuation, quelque chose qui ouvre et là-dedans on y met tout notre imaginaire.

Enfin, auriez-vous une pensée pour les visiteurs de cette exposition à la Galerie lyonnaise Besson ?
J’espère que cette exposition sera l’occasion d’une expérience excitatoire par exemple quand j’ai envie d’écrire et que je n’arrive pas à m’y mettre, je lis un recueil de poésies que j’aime beaucoup et cela va me mettre dans la tension de la liberté de vouloir écrire quelque chose. J’aimerais que comme quand on sort d’un bon film du cinéma, on ait une impression un peu étrange et cette impression est augmentée : on a récupéré le son des objets, la qualité du silence, la qualité de la chaleur humaine et du contact. Et je pense qu’une expérience artistique, notamment poétique peut amener cette même impression ; j’espère que les visiteurs sortiront de l’exposition en ayant échappé à soi et que ce soit vécu comme un bonheur.

Pour plus de renseignements sur l’exposition en cours à la galerie Besson, veuillez cliquer ici.

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