Depuis quelques temps les études se multiplient pour démontrer que les aliments ultra-transformés augmentent le risque de cancer. Bien entendu l’industrie agroalimentaire s’en défend avec virulence. D’une façon un peu ironique, la directrice de l’ANIA, Association nationale des industries agroalimentaires, nous conseille de lire les étiquettes des produits pour mieux consommer. Encore faut-il pouvoir décrypter ces étiquettes et ne pas se laisser berner par un packaging souvent trompeur sur la qualité des produits. Heureusement, une nouvelle application vient de faire son apparition, YUKA, qui permet de scanner son alimentation. Nous l’avons testée.

L’application YUKA

YUKA scanne les produits que vous souhaitez acheter dans les grandes surfaces et analyse leur impact sur votre santé. L’évaluation est basée sur trois critères : la qualité nutritionnelle du produit, la présence d’additifs nocifs et la dimension biologique. L’application s’appuie sur Open Food Facts, un projet collaboratif en ligne dont le but est de constituer une base de données libre et ouverte sur les produits alimentaires du monde entier.

Les bons élèves

Nous nous sommes intéressés tout d’abord à des produits le moins transformés possible. Sans surprises, ce sont ceux qui récoltent les meilleures notes sur l’application. Les produits vendus chez Picard que nous avons scanné sont souvent bons, voire excellents pour la santé. Cependant, il est étonnant de constater que parfois, au sein d’une même marque, certains produits contiennent des additifs nocifs et d’autres non. Il convient donc d’être extrêmement vigilant et de ne pas se fier à une marque mais de scanner tous les produits que l’on met dans son panier afin de se prémunir contre les mauvaises surprises.

 

Un cas d’école : les produits Gerblé

Gerblé, marque bien connue des consommateurs se présente comme l’expert diététique. Nous avons scanné un de leurs produits, un pain d’épices qui contient des additifs nocifs, trop calorique et qui contient beaucoup trop de sucres. Nous avons soumis ce test à l’entreprise qui nous a répondu sur ce cas précis : « Nous vous assurons que tous les additifs que nous utilisons ont fait l’objet et continuent de faire l’objet d’évaluations scientifiques au plus haut niveau par différents organismes internationaux dont l’EFSA (European Food Safety Agency) en Europe. Les diphosphates font d’ailleurs l’objet d’une réévaluation en ce moment par l’EFSA qui vérifie notamment que la dose journalière admissible de cet additif n’est pas dépassée en prenant en compte les évolutions de consommation des différents aliments en Europe. La dose journalière admissible est la dose reconnue scientifiquement comme n’ayant aucun effet néfaste sur la santé à court et long terme. »

Nous avons soumis cette réponse à Julie Chapon, co-fondatrice de l’application YUKA. Cette dernière nous précise les points suivants : « Les quantités d’additifs incorporées dans un seul produit sont peut-être non nocives, c’est vrai. Le souci étant que nous consommons de nos jours beaucoup trop de produits qui contiennent des quantités non nocives, et sans nous en rendre compte. Et à force de consommer des produits avec des additifs, on arrive à un seuil de surconsommation. Pour un seul produit consommé le seuil ne sera pas dépassé, mais le problème est que généralement on ne consomme pas qu’un seul produit contenant un seul additif. Notre notation prend donc en compte l’augmentation des risques pour la santé en cas de surconsommation de l’additif. »

Par ailleurs, à la décharge de Gerblé, il est précisé sur le produit que nous avons testé qu’il contient beaucoup trop de sucres, ce à quoi Gerblé nous a répondu qu’il s’agissait d’un produit destiné aux sportifs en quête d’un apport glucidique adapté à l’effort. Ce que YUKA ne prend pas en compte. Voilà peut-être une piste d’amélioration pour l’application dans la notation des produits.

Les mauvais élèves

Nous avons scanné toute une gamme de produits issus de l’industrie agroalimentaire et dont la consommation est proprement désastreuse pour notre santé. Nous vous livrons les copies d’écran de quelques-uns de ces produits. Nous avons interpellé les marques commercialisant ces produits ultra-transformés, sans obtenir la moindre réponse de leur part. Preuve peut-être d’un certain embarras autour de la question. Il nous semble urgent que les professionnels de l’industrie agroalimentaire revoient leurs pratiques et que les pouvoirs publics se penchent avec attention sur un problème de santé publique qui préoccupe au plus haut point les français.