Cet hommage à Astérix illustre bien les attentes de la ruralité envers la politique du chef de l’État. Ce jeudi 25 janvier, Emmanuel Macron présente ses vœux au monde agricole au centre sportif de Saint-Genès-Champanelle. En plus d’apporter son soutien à la candidature de la chaine des Puys et de la faille de Limagne au patrimoine mondial de l’Unesco, il doit rassurer les agriculteurs sur la mise en place rapide des réformes qui résulte des états généraux de l’alimentation. Bernard Lannes est le président national de la Coordination Rurale, le premier syndicat du Puy-de-Dôme. Pour PressNut News, il se livre sur les enjeux de la visite d’Emmanuel Macron.

PressNut News : Qu’attendez-vous de la visite du président de la République dans le Puy-de-Dôme ?

Bernard Lannes : Notre syndicat attend un peu plus de précisions sur la loi qui découle des états généraux de l’alimentation. La Coordination Rurale reste très vigilante sur la nécessité d’une plus-value dans la vente pour augmenter les revenus de l’agriculteur. Nous attendons également une transparence intégrale au niveau des matières transformées et des plats cuisinés. La contractualisation et la traçabilité sont les outils pour valoriser notre production agricole française qui est de qualité. Cette production est confrontée à des matières premières qui rentrent du monde entier et qui n’ont pas les mêmes valeurs que les nôtres.

Quelles mesures peut prendre le chef de l’État pour aider les agriculteurs ?

Déjà la mise en place rapide du contrat basé sur les coûts de production, c’est à dire arrêter de nous faire travailler à perte. Je le dis souvent, la revente à perte par décret est interdite. Pourtant, nous les producteurs n’avons pas de prix plancher. Aujourd’hui que ce soit dans les céréales, le vin et la viande, les agriculteurs produisent à perte.

Dans quelles situations économiques se trouvent les agriculteurs de la région ?

À Clermont-Ferrand, la région de montagne s’en sort un peu moins mal. En effet il y a des aides spéciales de l’État dans le domaine de l’élevage qui compensent un peu. Elles risquent d’être remises en cause au niveau de l’Europe. Aujourd’hui 70% de la comptabilité des agriculteurs est dans le rouge. Les problèmes de trésorerie en poussent certains au dépôt de bilan.

« Emmanuel Macron a la vision de transformer les choses dans l’agriculture depuis la ruralité »

Est-ce qu’une agriculture locale a encore une place importante dans un espace mondialisé ?

Tout à fait, le consommateur comprend de plus en plus que se nourrir c’est se soigner. Il est demandeur d’une traçabilité et d’une qualité irréprochable. Seule une culture locale peut les lui apporter. Il existe avec les Smartphones des QR codes. On peut aller directement sur le site du fabricant du plat cuisiné et là, il y a la possibilité de demander la liste des ingrédients avec la provenance. Grâce à ce système là, on ne trouvera jamais de cheval roumain dans de la viande de bœuf. Celui qui s’y risquerait peut mourir demain matin avec la puissance de frappe qu’à internet et donc les consommateurs. Le président peut être un moteur au niveau de l’Europe pour cette traçabilité même si bien sûr les grands faiseurs ne sont pas intéressés par ça.

Cette traçabilité peut-elle permettre une agriculture plus respectueuse de l’environnement ?

Nous sommes déjà respectueux de l’environnement. Notre agriculture est l’une des meilleurs au monde. Il y a les attentes des consommateurs. Nous pouvons encore faire des progrès mais à condition de valoriser notre travail sur les étiquettes. Il faut que le consommateur devienne un consomm’acteur. Il doit pouvoir choisir avec toutes les données entre ses mains.

Est-ce que les derniers scandales comme le cheval roumain ou Lactalis sont marginaux ou plutôt révélateurs de mauvaises pratiques à plus grande échelle ?

Le cheval roumain était une tromperie. Lactalis est un grand problème sanitaire. Nous disons depuis longtemps que par les mises aux normes, on a tué les petites et les moyennes entreprises. Il faut revenir à des outils de proximité à taille humaine. Les choses doivent être gérées dans des groupes de façon coopérative quand elles sont encore aux mains des agriculteurs. Il y a une demande de bio. Tout ça, on est encore capable de le faire si on sanctuarise l’alimentation française. C’est un secteur stratégique, il faut prendre des mesures pour la protéger. Si on laisse rentrer des produits extérieurs, cela doit être à qualité sanitaire, environnementale et sociétale égale. On peut taxer aux frontières. L’Europe a un rôle à jouer dans la régulation. Les paysans français auront alors un atout. Par exemple, nous sommes aujourd’hui en France à 3 centimes de blé dans 1 euro de baguette de pain. Si on met ne serait-ce que 5 centimes de plus, on peut relancer la machine. C’est pour ça que j’en reviens à Emmanuel Macron. Il a lancé les états généraux de l’alimentation qui sont une remise en place de tout ce qui se passe. Il a la loi à faire. Je lui demande de la faire très vite car il est temps que les agriculteurs relèvent la tête.

Pourquoi Emmanuel Macron a choisi spécifiquement le Puy-de-Dôme pour aller à la rencontre des agriculteurs ?

Il a la vision de transformer les choses dans l’agriculture depuis la ruralité. Le Puy-de-Dôme est dans une grande région agricole. C’est un signe pour dire qu’il vient sur le terrain des agriculteurs pour en parler plutôt que depuis l’Élysée.