Où il va il donne l’envie de vaquer. Xavier Bertrand et Jean-Louis Debré sont sans équivoque à son égard. Laurent Wauquiez, c’est un langage changeant adapté à la mode du moment. Il a été social-démocrate, libéral, pro-européen, eurosceptique et maintenant Droite populiste façon Trump. Le nouveau président des Républicains est surtout là où on le pose. Portrait désagrégé de l’agrégé.

Les difficultés d’une chronique politique ne sont pas à prendre à la légère. Vous dites du mal et hop vous êtes soupçonné de rouler pour l’autre bord. Vous faîtes un portrait nuancé, l’accusation d’endive molle vous tombe sur la tête. Vous en dîtes du bien, vous roulez (ou plutôt vous êtes acheté) par la tête de gondole cherchant à asseoir sa notoriété dans la région.

Cet exercice de style nécessite donc de la délicatesse et du style. Pour le style j’ai tenté quelques allitérations en V et Q un peu à la manière de Gainsbourg et de sa Javanaise. Pour la délicatesse, c’est autre chose.

Parmi les points positifs, tout le monde a été, est ou sera un jour d’accord avec Laurent Wauquiez. Illustrations :

– Lors du référendum en 2005, il soutient le Oui mais quelques années plus tard il regrette que le Non ne l’ait pas emporté.

– Pour Laurent Wauquiez, les référendums ne doivent pas porter sur les sujets de société mais il en exige un sur le Mariage pour tous.

– Il se félicite de l’arrivée de nouveaux états membres au sein de l’Union européenne tout en condamnant son élargissement.

Par beaucoup d’aspects il a inventé le macronisme avant l’heure. Il pourrait réclamer des droits d’auteur pour son fameux « et en même temps ».

Cette capacité de changer d’opinions sur tout aussi rapidement souligne cette merveilleuse phrase de Churchill « y’a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis ». C’est dire si Laurent Wauquiez est supérieurement intelligent.

Autre particularité rare qui mérite d’être saluée, le Président du conseil régional d’Auvergne Rhône-Alpes a un parcours professionnel excessivement rare et singulier : Sciences Po, Agrégation, ENA suivi d’une carrière dans la haute administration. Un profil atypique sous-représenté dans les institutions électives. Les hauts fonctionnaires et les avocats étant systématiquement écartés des zones décisionnelles, c’est la preuve que la méritocratie républicaine existe quoiqu’on en dise. Ras-le bol du Parlement squatté depuis les origines par les artisans, les salariés, les auto-entrepreneurs et autres patrons de PME.

Comme tous les grands intellectuels libéraux des Républicains, il n’a jamais travaillé en entreprise. En même temps, exige-t-on d’un boulanger qu’il sache pétrir la farine ou d’un médecin qu’il ait fait médecine ? Évidemment non. Il milite avec acharnement pour une simplification du code du travail et une sanction plus accrue à l’égard des chômeurs qui ne serait pas assez « actif » dans la recherche d’emploi.

Heureusement, Laurent Wauquiez montre l’exemple. A t-il déjà été au chômage ? Non ! Certes, les moqueurs assermentés vont dire que comme haut fonctionnaire, il a un emploi (et surtout un gros salaire) garanti à vie. Il pourrait démissionner de la fonction publique, seulement la République ne s’en remettrait pas. Laurent Wauquiez serait incapable de vendre trois chouchous à la plage. Faisons lui confiance, il sait comment relancer l’économie française et botter le cul de ces feignasses d’assistés.

Voyons le verre à moitié plein. Prôner le sacrifice pour les autres, ça reste quand même prôner le sacrifice.

La sentence de Boris Vian dans « Le déserteur » aurait très bien pu s’adresser au chef presque sans électeurs des conservateurs : « s’il faut donner son sang, allez donner le vôtre, vous êtes bon apôtre, Monsieur le Président »

Au fil de cette chronique, je réalise que je ne pense pas grand chose de Laurent Wauquiez, ce qui est sans doute pire que si j’en pensais du mal. C’est un vieux jeune. Un jeune qui veut tout faire péter mais un jeune de Droite. La Gauche promet des rentrées sociales agitées qui n’arrivent jamais. Laurent Wauquiez promet une Droite aussi moderne que le napperon posé sur le téléviseur cathodique de mémé. Il doit sa notoriété à sa capacité d’intrigue et ses phrases creuses dans les talk shows piochées dans les nombreuses agences conseil en communication.

Divisez pour mieux régner, un adage qui a fait ses preuves mille fois dans la vie des partis politiques. Laurent Wauquiez fait tout pareil que ses prédécesseurs.

Qu’on soit de Droite, de Gauche ou d’ailleurs, on risque de s’ennuyer beaucoup à observer le Révolutionnaire de l’avant-garde des Républicains.