Le terme est très en vogue depuis quelques années. Il est agité par des intellectuels de tout bord pour dénoncer la menace qui pèse sur nos frêles épaules de pauvres citoyens apathiques et désinformés. Pressnut pourrait se réjouir de ces valeureux résistants de la démocratie. Hélas, leurs appels dissimulent en réalité une volonté de nuire et se fichent totalement de nos libertés. Amis de la région Auvergne-Rhône-Alpes et d’ailleurs, je vous livre quelques explications.

Aaah ce mot qui finit en icide sonne de manière terriblement inquiétante. Il résonne comme celui de pesticide qui n’est pas très engageant. En y regardant bien, liberticide est surtout employé comme un droit individuel, un droit d’emmerder le monde. Pour s’en convaincre, petit florilège de phrases glanées au cours de débats de débatteurs.

« On ne peut plus fumer, c’est une atteinte fondamentale à nos libertés ». Depuis l’interdiction de cloper à l’intérieur des bâtiments publics, du lieu de travail ou même d’un restaurant, voilà le genre de stupidité auquel il faut s’habituer. Et pourtant, un regard lucide démontre le contraire. Avec cette interdiction, l’État protège le citoyen de l’industrie du tabac. Votre serviteur qui est un non-fumeur invétéré à dû supporter de manière passive le tabac de ses collègues de boulot pendant de longues années avec comme résultats yeux qui piquent, nausées, migraines et des odeurs de cigarettes sur les vêtements qui ne disparaissent qu’au bout d’une dizaine de lavages. Avec cette loi qui défend ma liberté d’être en bonne santé, la puissance publique s’est mise du côté des victimes contre celui des enfumeurs. Est-ce liberticide de demander aux fumeurs d’arrêter d’empoisonner ceux qui n’ont pas fait le choix de la nicotine ? Est-ce liberticide de ne pas reconnaître la liberté du droit à polluer ?

Parlons-en justement du droit à polluer, dès qu’une initiative municipale se propose de diminuer la circulation automobile pour réduire la pollution (comme à Grenoble en janvier dernier), nos liberticidophiles se rebiffent. Ils évoquent, la main sur le cœur, le cas du pauvre travailleur obligé de prendre sa voiture quotidiennement pour se rendre sur son lieu de dur labeur. Dans un état de droit, tout le monde devrait avoir le choix de prendre sa caisse s’il en a envie. Il faudrait limite l’inscrire dans la Constitution et la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen voire dénoncer cette situation à Amnesty International qui serait sommer d’arrêter de s’occuper des prisonniers politiques afin de réparer cette injustice. Peu importe qu’à chaque pic de pollution, les hôpitaux soient débordés, peu importe que les enfants à hauteur des pots d’échappement développent des allergies graves, peu importe les intoxications, peu importe que l’environnement soit saccagé, peu importe que les routes remplacent la vie de quartier et sa convivialité, on vous le martèle, interdire les voitures c’est liberticide !!!

Plus grave encore, les attentats qui ont ensanglanté la France exigent des moyens de renseignements supplémentaires. Si en pareille circonstance, il est légitime de poser des limites pour conserver nos libertés individuelles, de nouveaux amoureux du mot liberticide ont fait leur apparition. Les lois bien qu’imparfaites étaient suffisamment encadrées pour empêcher tout risque d’état policier. Malgré cela, d’après nos bonnes âmes, le spectre d’une France Big Brotherisée devenait imminent. C’est bien connu, on lutte efficacement conte le terrorisme avec des colliers de fleurs et des dessins de Plantu.

Autre loi, celle sur la déchéance de nationalité. Elle ne touchait que les personnes coupables d’acte de terrorisme. Je vous le donne en mille, les passions se sont encore déchainées. Il fallait sans cesse rappeler que cette loi ne concernait QUE les terroristes. À moins d’avoir comme projet de perpétrer des crimes de masse, il n’y avait pas de craintes à avoir de se réveiller un matin et de se retrouver apatride. Cette précision n’a nullement empêché nos résistants de la dernière heure d’y voir une allusion aux heures les plus sombres de notre Histoire.

Enfin dernier exemple, le plus frappant, les atteintes à la liberté d’expression. Il est toujours ubuesque de voir les mêmes qui font des procès à des gens qui ne leur plaisent pas dénoncer la censure. Telle communauté va envoyer une autre qui la critique devant un tribunal et va ensuite jouer les vierges effarouchées quand elle subit la même chose d’un autre groupe organisé. Tel homme de droite va dénoncer la pensée unique, tel homme de gauche la mainmise sur le système par le camp opposé. Il faut toujours avoir l’air d’un martyr devant les caméras et apparaître comme le dernier rempart contre la dictature y compris et surtout quand le risque est inexistant. En réalité, ce n’est pas la liberté d’expression de tous les citoyens que ces contempteurs du terrorisme intellectuel défendent, c’est seulement leurs libertés individuelles qui les intéressent.

Liberticide est devenu une expression bien utile pour dire tout simplement égoïste.