Voter est un droit, c’est aussi un devoir. Cette sentence qui ressemble à un ordre est censée distinguer les bons citoyens des autres. Comme injonction elle est très pratique quand on n’arrive plus à convaincre par la raison. Pourquoi voter si nous n’en avons pas envie ou si personne ne nous plait ? Pourquoi culpabiliser autant les abstentionnistes ? Panégyrique de ces rebelles aux urnes.

Voter c’est accepter les règles du jeu et donner sa caution non pas au meilleur mais à celui qui recueille la majorité des voix. Cependant si nous analysons les résultats des 1ers tours des dernières Présidentielles en France, celui qui arrive en tête dépasse rarement 25% des voix, ce qui signifie que 75% des électeurs n’en veulent pas. Le second tour étant une vaste fumisterie pour donner l’illusion de la majorité, les mêmes inquisiteurs du « voter c’est un devoir » s’étonnent ensuite de la baisse de popularité rapide du nouveau champion. Mais comment être surpris de l’impopularité de quelqu’un dont l’écrasante majorité n’a pas voulu. À part la France, aucune démocratie sérieuse ne propose de second tour. Dire qu’un Président est élu avec 51, 60 ou 80% des voix des Français alors qu’il piétinait à un modeste 24% au tour précédent est le summum du non-sens. Le ridicule ne tue pas sinon la majorité de nos commentateurs et élus seraient au mieux en train de casser des cailloux en Guyane.

« Nos ancêtres sont morts pour que vous puissiez voter » – Traduction : si vous ne votez pas vous êtes un ingrat, osons lâcher le mot « un salaud ». Ce type d’arguments rappelle ces insultes puériles de « fasciste » ou de « stalinien » qui permettent quand on a rien à dire de disqualifier son adversaire. Ainsi donc, nos libertés seraient en danger du fait de ceux qui s’abstiennent selon l’adage médiatique : voter, c’est faire le jeu du Front National. Peu importe si les abstentionnistes ont ce parti en dégoût, il ne faut reculer devant aucune outrance, la menace devient le seul moyen pour vous faire voter.

Alors pourquoi de telles leçons de morales à chaque scrutin ?

Il faut rappeler qu’au moment de la Révolution Française, les constituants avaient pour objectif de remplacer le corps dominant de l’époque « la noblesse » par des représentants élus par le peuple. Il fallait remplacer l’hérédité par le vote populaire. Un vote qui pendant longtemps n’aura de populaire que le nom puisque le suffrage sera censitaire et interdit aux femmes. La bourgeoisie remplace la noblesse et 90% de la population française ne se voit toujours pas représentée dans les hautes instances dirigeantes. Le suffrage universel qui s’instaure réellement en France en 1944 avec le droit de vote des femmes doit permettre une plus juste représentation dans les assemblées. Malgré cela, la démocratie devient l’otage des partis politiques et les élus cherchent à se maintenir au pouvoir plutôt que d’œuvrer pour l’intérêt général. L’extrême-droite et l’extrême-gauche qui aiment à se présenter hors parti et moralement irréprochables connaissent exactement les mêmes turpitudes que les partis au pouvoir (culte du chef, soumission au lobbys, absence de démocratie en interne, intérêt particulier au détriment de l’intérêt général… ) L’idée des fondateurs de la déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen ayant été dévoyé, il devient légitime que des électeurs expriment leur désarroi en restant chez eux. Le vote blanc n’est toujours pas comptabilisé. L’abstention reste le seul moyen d’exprimer son mécontentement.

Le vote obligatoire que certaines personnalités politiques réclament est bien pratique pour elles car elle permet à une caste toutes sensibilités confondues de se maintenir au pouvoir sans jamais se remettre en question.

Peu importe que le choix soit restreint. Si vous n’êtes pas content c’est parce que vous êtes populiste. This is THE INSULTE à la mode en ce moment.

Peu importe aussi qu’il soit très difficile de se présenter à une élection sans le soutien financier d’un parti politique qui peut gérer des démarches administratives complexes notamment quand on veut lancer un nouveau mouvement avec de nouvelles têtes.

Il y a le cas Emmanuel Macron me direz-vous. Notre nouveau président était déjà Ministre de l’économie avant la création d’En Marche et il a pu bénéficier du soutien d’élus venant des Républicains et des Socialistes. Il semble que ce ravalement de façade ne séduise pas la majorité de l’opinion publique.

Ils ont voté… et puis après, chantait Léo Ferré…

Amis abstentionnistes, n’ayez plus honte de vous, sortez du bois, dîtes que c’est justement au nom de la Démocratie, de ces idéaux de justice et de liberté que vous n’acceptez plus de cautionner les recettes du passé qui ont échouées.

Et si on essayait la démocratie directe ? Sans passer par des représentants ? La concertation plutôt que l’affrontement ? Le local plutôt que le national ou le mondial ? Chiche ?