-Salut, tu as vu ma publication sur Facebook ? 
-Euh, oui.
-Je te le demande parce que tu n’as pas mis de “j’aime”.

Avez-vous déjà vécu ce qu’ il y a quelques années aurait semblé surréaliste ?

Vous êtes vous déjà senti obligé d’appuyer sur le petit pouce bleu pour faire plaisir à un ami ou bien pour ne pas le vexer ?

La question n’est pas “pourquoi aime-t-on une publication?” mais “pour qui ?”

La réponse : avant tout pour soi.

Je montre que j’adhère à une pensée, qu’une blague me fait rire, que je partage un point de vue.  À travers un “j’aime”, c’est moi que je mets en avant.

Le “j’aime” n’est pas destiné à l’autre mais à soi. J’aime montrer que j’aime. C’est mon plaisir, c’est mon ego.

Celui qui reçoit ce message d’égocentrisme préfère lui aussi satisfaire son ego et accueille ce “j’aime” comme un gage de popularité. Ce micro orgasme progressant au rythme de la popularité de notre post.

“J’ordonne que pour l’amour de moi vous n’aimiez que le beau.”  Si seulement, nous, utilisateur des réseaux sociaux, répondions à cet ordre formulé par Charles Baudelaire.  Mais aujourd’hui, le règne du -Je m’aime et ce c’est pas beau- est bien la plaie de notre société.

Facebook, pour ne citer que ce réseau social n’a bien sûr pas créé un monstre, ce monstre existait bien avant lui. Le mythe de Narcisse ne l’ a pas attendu. Non, Facebook a subtilement légitimé le narcissisme avant de tenter de l’imposer aux plus altruistes d’entre nous.

Oui, un simple statut Facebook peut parfois coûter très cher

Narcisse meurt de contempler sa propre image, fasciné par sa propre beauté au point de se noyer dans l’eau qui le reflète. Aujourd’hui, l’eau est remplacée par une photo de profil, une photo de vacances, un selfie…

Heureusement, ce culte du “moi-je” fait aussi des heureux. Nombre d’entre nous s’apprêtent à quitter notre belle région Auvergne-Rhône-Alpes pour profiter des plages désertes de la Côte d’Azur ou du légendaire soleil breton. Et ce temps de bonheur, il va bien falloir le partager. Moi à la plage, moi devant mon barbecue, moi en boîte de nuit, moi pas chez moi.

Toi pas chez toi ? Eh bien moi gentil cambrioleur, l’un de tes 400 amis que tu ne connais pas saura profiter de ton de bonheur après avoir dévalisé ta maison… Après avoir lu ton post faisant état de ton absence.

Oui, un simple statut Facebook peut parfois coûter très cher. Souhaitons au malheureux cambriolé d’avoir récolté suffisamment de “j’aime” pour l’aider à surmonter cette mésaventure.

Et consolons notre victime en lui suggérant de poster un statut lié à son cambriolage.

Son selfie dans son salon dépouillé ne manquera pas de recueillir un nombre conséquent de “j’aime”.

N’est-ce pas cela le plus important, le reste n’est que matériel, seul l’amour compte.

Sauf que l’amour n’a ici pas sa place. J’aime un peu, beaucoup, passionnément à la folie… Pas du tout.