Gros plan sur un jeune scénariste-réalisateur lyonnais : Étienne Husson

A quelques jours du Festival International du Court-Métrage de Clermont-Ferrand qui se déroulera du 3 au 11 février 2017 et où seront diffusés les 50 films présélectionnés pour le Grand Prix du Jury au Festival International, nous sommes allés à la rencontre d’un jeune réalisateur lyonnais, qui avec son équipe a tourné un court-métrage de 140 secondes : « Je suis la loi du marché », le 4 novembre 2016, pour participer au Festival Nikon film.

Étienne Husson a un parcours un peu particulier. Dès le collège et au lycée, le jeune homme choisit l’option cinéma ; son goût pour le 7ème art est déjà très prononcé. Il approfondit ses connaissances en obtenant une licence en cinéma à Lyon et s’est lancé en tant qu’intervenant dans un centre social où il a proposé d’animer des ateliers cinéma. Cette expérience a été enrichie par un voyage en Algérie pour donner un atelier cinéma. Ce périple lui a certainement donné le goût des sciences sociales et humaines et dès lors il entreprend des études d’anthropologie à la faculté tout en faisant du cinéma en dehors, en montant des projets de courts-métrages, en étant dans des festivals, en étant actif dans le milieu professionnel du cinéma avec l’Association Entre Les Mailles.

« Pour moi, le cinéma est un médium et l’anthropologie est une science sociale, ce qui nous permet de réfléchir et puis apprendre des méthodes pour faire du terrain. »

Ce jeune réalisateur très actif explique son désir de faire de l’anthropologie en ces termes : « L’anthropologie m’a parlé parce que dans le cinéma tout comme dans l’écriture, ce sont les films avec des points de vu subjectifs sur le monde qui m’intéressent et du haut de mes 18 ans, quand j’ai commencé à réaliser, ce que j’écrivais était un peu fade. Il me manquait tout un travail de recherche : quand on parle d’un sujet, il est impératif de bien le connaître. En anthropologie, du point de vu de la méthode, il y a tout un travail de recherche de terrain qui se fait. On reste longtemps sur un terrain et c’est comme ça que j’avais envie de faire de la recherche. J’aime bien l’échange et faire des recherches purement bibliographiques sur un sujet ce n’était pas quelque chose qui m’intéressait. J’avais envie de faire des expériences autour d’un sujet et ensuite retranscrire ces expériences à travers un film. »

 » Je suis la loi du marché »

Le court-métrage « Je suis la loi du marché » raconte l’histoire d’un entretien d’embauche avec une personne noire et un DRH qui lui explique que ce n’est pas possible de l’embaucher parce qu’il ne correspond pas à l’image de l’entreprise en raison de sa couleur de peau. Il y a une discrimination. Après c’est une femme qui arrive et là on sent bien que cela va être aussi discriminatoire sauf que la personne noire avait un peu un profil de premier de la classe, assez sage. Le DRH lui explique que ce n’est pas possible et il ne se rebelle pas, il ne dit rien. A l’opposé, la femme qui rentre dans le bureau a beaucoup plus de tempérament. Elle va prendre le contre pied de ce que dit le DRH à chaque fois et elle va s’en sortir. Elle va obtenir le poste parce qu’elle ne va pas avoir de complexe d’infériorité où le DRH aurait pris la position de force.

Ce qui intéressait Étienne Husson sur ces entretiens d’embauche, est de réfléchir sur le cliché du rapport de force et dans le film le rapport de force s’inverse : comment on transforme ce rapport de dominant/dominé en un rapport plus égal. Il n’y a pas forcément un dominateur et un dominant. Le réalisateur s’exprime sur son court-métrage : « Il y a pas mal de fantasmes en terme d’idées pré-construites autour des entretiens d’embauche et c’est vrai que je voulais faire un court-métrage dessus. Celui-ci est de l’ordre de la comédie grinçante dans le sens où il y a un DRH qui représente Goliath et, en face de lui, il aura une candidate qui représente un peu David. Or, on a du plaisir parce que David gagne contre Goliath, un homme qui n’a pas de souci à être discriminant. Les petits gagnent les méchants avec à côté une morale dans le film qui est que Sabrina, la candidate va utiliser les armes du DRH pour obtenir le poste, pour convaincre. Mais on peut se poser la question suivante : avec quelles armes elle se bat ? À court terme, c’est efficace. Mais à long terme, est-ce que cela ne légitime pas certains clichés ? Et puis finalement, en rentrant dans ce jeu-là, est-ce qu’elle n’est pas en train d’accepter les règles et d’accepter le système ? »

Regardez le court-métrage d’Etienne Husson en cliquant ici

 

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