Photographie : la Mythologie Moderne d’Hiki Komori

Graphiste autodidacte, passionné par des artistes tels que Dave McKean ou encore Joel-Peter Witkin, le « photographiste » Hiki Komori nous avait déjà gratifié en 2014 d’une magnifique série photos basée sur la technique de la double exposition. Il revient aujourd’hui avec son nouveau projet intitulé « La Mythologie Moderne ». Rencontre.

Pourquoi hiki komori ?

Bien avant que son travail artistique ne connaisse un certain retentissement, Kevin Lanteri, puisque c’est de lui qu’il s’agit, s’est trouvé confronté à ce que l’on nomme pudiquement les « aléas de l’existence ». Il avait presque tout perdu : son job, sa femme, son appartement. « Je venais de changer de vie et de m’installer à Clermont-Ferrand. Je ne sortais plus du tout de chez moi et je m’étais coupé du monde extérieur. Certains japonais vivent de cette façon et son atteints d’un ‘mal ‘ que l’on nomme hikikomori. Ce phénomène est d’ailleurs en train de toucher la France. » Aujourd’hui Kevin Lanteri n’est plus un hikikomori puisque sa première série de photographie l’a fait sortir de son isolement, mais il a conservé ce nom d’artiste. Il n’est pas que « photographiste » puisqu’il officie parallèlement en tant que développeur informatique.

Premier succès

La technique de la double exposition existe depuis l’invention de la photographie. Il s’agit de prendre un cliché et de lui en superposer un second. Le numérique a profondément transformé cette technique et permet des résultats tout à fait exceptionnels : «  Je voulais pouvoir faire des photos partout et improviser ces doubles expositions rapidement. J’ai développé une application qui me le permettait sans toutefois m’apporter totale satisfaction. C’est alors que j’ai détourné pour mon usage une autre application un peu similaire qui venait de sortir sur l’Apps Store. L’intégralité de cette première série a été faite sur iPhone, au fil de mes rencontres et de mes voyages. » Et le succès a été au rendez-vous puisque Hiki Komori a eu droit à des articles dans les magazines Fubiz ou encore Better Photography. Entretenant d’abord le mystère autour de sa véritable identité, Kevin Lanteri s’est amusé de voir bruisser le petit milieu de la photographie qui attribuait ses clichés à un artiste Japonais ayant émigré en France ou encore à un Japonais installé en Italie dont le vrai nom serait Clermont-Ferrand. La confusion était totale, pour la plus grande satisfaction de l’auteur.

La mythologie moderne

Une exposition a ensuite été proposée à Kevin Lanteri à la Warehouses de New-York. Son responsable semblait intéressé par le thème de la mythologie moderne. Kevin Lanteri a dit banco ! Allons-y pour les nouveaux dieux : « Le responsable de la Warehouses voulait douze planches et en me mettant au travail j’ai souhaité y associer des textes afin de donner une nouvelle dimension à tout ça. J’ai associé des bribes de textes à mes photos et cela donne la série en cours de publication sur laquelle il reste cinq planches à produire. » Kevin Lanteri a utilisé cette fois-ci une technique de collage appelée « mix media ». « L’idée m’est venue de faire ces collages lors d’un voyage à Moscou où j’ai redécouvert les anciens de l’avant-garde Russe tels que Hannah Höch ou encore Alexander Rodchenko. J’ai ramené de ce voyage des sous-tasses représentant des cosmonautes avec des montages très futuristes pour l’époque. C’est pour cela que la première série des quatre éléments de ce nouveau travail comprend des cosmonautes qui représentent pour moi, grace à leur combinaison, la vie dans l’absence de vie. » Les bribes de la mythologie qui nous sont arrivées aujourd’hui l’ont été par les texte et non par l’image. C’est pour cette raison que l’artiste a souhaité rajouter du texte à ses photographies : « Une mythologie sans texte n’aurait pas eu de sens pour moi. J’ai utilisé la théogonie d’Hesiode en adaptant le format à la littérature existante. » Les 16 épisodes de cette mythologie moderne sont en cours de publication sur le site d’Hiki Komori et un livre, en cours de production, sera publié en 2017.

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