Depuis mai 2016, quatre architectes ont transformé l’ancien garage Renault du bourg de Sauxillanges en QG (La Mécanique du Bourg) pour tenter de résoudre, au plus près des habitants, avec leurs propres « caisses à outils », les problématiques liées au bâti, à l’espace public, à la vie sociale et culturelle. Émeline Romanat, architecte-médiatrice au sein de L’association, bureau d’étude associatif, créé il y a un peu plus d’un an à l’occasion de l’appel d’offre sur le bourg d’Ambert, a répondu aux questions de PressNut News.

Vous êtes en résidence depuis mai 2016 à Sauxillanges, quel a été votre premier sentiment sur la ville et ses habitants ?

Très positif. Nous avons été très bien accueilli à la fois par l’équipe municipale en place et les premiers habitants que nous avons rencontrés. Nous avons senti que la ville regorge de « personnes ressources » et qu’il y a plein de projets soit en sommeil, soit en cours. Des projets qui sont assez prometteurs comme le Jardin pédagogique qui vient de démarrer mais aussi il y a tout un groupe de militants autour de l’AMAP et de la Doume, la monnaie locale. C’est un groupe très actif que nous avons rencontré assez rapidement. L’AMAP, ce sont des paniers de produits locaux qui sont distribués une fois toutes les deux semaines au dortoir des moines. Les AMAP sont des ensembles de producteurs qui viennent faire de la vente directe locale.

Votre atout au sein de l’Association est de fédérer des énergies, quelles sont vos actions pour ce faire ?

Nous avons tout un tas d’actions. Déjà le fait d’être en résidence. Pour nous, c’est un peu l’outil central, c’est-à-dire qu’une semaine par mois, nous occupons les lieux. Nous sommes en immersion ce qui nous permet de rencontrer des gens de manière fortuite en allant au marché, en allant faire nos courses. Donc, déjà c’est une chose qui est très importante pour nous. Cela nous permet d’être repérées.

Le local, cet ancien garage, c’est une forme de QG où nous proposons une certaine pédagogie. Cette présence régulière crée des habitudes, une fois sur l’autre les villageois viennent nous revoir. Ils savent que nous sommes là toutes les dernières semaines en fin de mois. Il s’agit donc vraiment d’un travail au long cours avec une confiance qui se crée au fur et à mesure et qui se consolide tout au long de l’étude. Ensuite, nous fédérons les énergies, nous développons tout un tas d’outils autour cette dynamique. Cela représente un important travail de communication. Du coup, comme nous nous sommes installés dans un garage, nous ce que nous aimons faire c’est raconter toute une histoire autour de ça. Par exemple, nous avons renommé le lieu en arrivant : « La Mécanique du Bourg ». Dès lors, dans nos communications, nous travaillons beaucoup autour de cette métaphore de la mécanique, nous proposons aux gens de voir ce qui se passe sous le capot de la ville. Nous recréons un univers : nous sommes en bleu de travail et les habitants nous appellent « les mécaniciennes ».

Fédérer des énergies va passer par des réunions que nous organisons : en fait, au fur et à mesure que l’étude avance, une partie de notre travail consiste aussi à repérer des porteurs de projets et essayer de voir comment les accompagner au mieux et comment faire en sorte qu’ils trouvent leur place dans un projet d’ensemble. Par exemple, ces personnes qui font parties de l’AMAP et de la Doume nous ont sollicitées assez tôt en nous disant qu’ils avaient, suite à la fermeture de la supérette en centre-ville, pour projet de réfléchir soit à créer un magasin de producteurs, soit un magasin géré par des consommateurs. En tout cas quelque chose qui propose à la vente des produits en vrac, des produits locaux et donc quelque chose qui n’existe pas encore à Sauxillanges.

Nous essayons de capter ce qui se passe dans l’air et de réunir les différents interlocuteurs porteurs de projets autour d’une table afin de voir comment passer à l’action. En huit mois, nous ne pourrons pas tout faire mais au moins nous pourrons amorcer des actions et planter des graines.

Vous faites appel à des intervenants extérieurs également ?

Par exemple, nous avons un partenariat avec le DASA, le Développement Animation Sud Auvergne, une association amie à qui nous avons demandé de faire délocaliser une action qui existe déjà. DASA est basé à Brioude et ils font de l’accompagnement aux porteurs de projets, c’est vraiment leur métier. Notre association, qui réunit des architectes, a plutôt vocation à s’occuper de l’aménagement de l’espace. Donc là, nous avons proposé à Marie du DASA de faire une permanence quand nous serions présentes. Et comme nous avions déjà identifié les projets en sommeil ou en attente on lui a calé des rendez-vous, sur toute une matinée, elle a ainsi pu rencontrer 5 ou 6 porteurs de projets et elle a enclenché un premier contact. Elle va pouvoir maintenant avancer avec eux et les accompagner plus loin puisqu’elle a les compétences pour parler de toute la partie économique, poser les problèmes et leurs envies et identifier ce dont les gens ont besoin. Elle a vraiment une méthode pour cela et du coup il y a eu une première permanence qui s’est tenue et qui a été très positive.

Et vous en tant qu’architecte, quel est votre diagnostic sur la ville de Sauxillanges ?

Nous avons fait 3 mois d’enquêtes partagées où nous avons embarqué des habitants avec nous pour élaborer un diagnostic et du coup l’étude que nous menons touche un ensemble de sujets très vastes. Le diagnostic est résumé en 6 carnets.

Les problèmes de circulation en ville est le sujet le plus frappant et la première chose dont le public nous parle. Ce qui se passe à Sauxillanges au niveau de la circulation est que le village n’a pas eu de grosses réfections de voiries depuis un certain temps : la voiture prend énormément de place que ce soit au niveau du stationnement ou de la circulation. Le diagnostic que nous en faisons est que certains axes sont très passants où clairement il n’y a pas d’aménagement pour les piétons ni pour les vélos. Il y a du coup des problèmes de sécurité, de bruit qui sont très compliqués.

Nous pensons que c’est donc la première action à mener : travailler à apaiser la circulation. Pourquoi ne pas créer une zone 30 sur l’ensemble du centre-ville. La manière que nous avons d’avancer est de proposer plusieurs scénarios. Nous avons donc proposé au niveau de la circulation, un scénario qui provoque un grand chamboulement où la voiture est vraiment très restreinte ou un scénario minimum où l’on fait quelques aménagements sur des endroits qui sont très dangereux, par exemple au niveau du château, à l’entrée de la rue des moines, il y a un resserrement, donc nous interviendrons sur des secteurs clés. Soit un scénario intermédiaire.

Que va-t-il se passer à la fin de votre intervention ?

A la fin de notre intervention, vu que nous abordons beaucoup de sujets et que nous devons proposer à la Commune une feuille de route avec toutes les actions à mettre en place dans les années qui arrivent, il va falloir que nous fassions un espèce de bilan financier et démontrer où mettre le paquet, et prioriser les choses.

Nous sommes dans une phase où nous explorons les possibles. Dans la troisième phase qui aura lieu de novembre à Janvier, nous allons commencer à concrètement mettre en place des actions avec l’équipe communale : qu’est-ce que l’on fait et où nous mettons le paquet ? Il se peut que nous mettions l’accent budgétaire sur la circulation parce qu’effectivement, il s’agit d’un gros problème.

Tous les scénarios que nous avons mis en place, nous les avons faits pour essayer de voir s’il y avait une chose qui ressortait, une direction et à l’heure qu’il est, nous ne pouvons pas dire qu’il y ait un scénario qui ait fédéré tout le monde. Le scénario « Village détendu » où Sauxillanges devient un peu un village dortoir (les habitants ne travaillent dans leur commune / ou travaillent tous hors de leur commune, ils sont très dépendants de la voiture) a retenu l’attention de certains habitants. Notre crainte à L’association est que ce scénario risque d’arriver si aucun projet ambitieux ne voit le jour ; c’est la tendance vers laquelle nous allons s’il n’y a pas d’action communale et citoyenne.

Cependant, le scénario au niveau du patrimoine constitue une véritable carte à jouer à Sauxillanges mais avec un bémol : les habitants ne veulent pas être un village mis sous cloche pour faire plaisir aux touristes.