Lyon 21 juin : Jean Moulin pousse le bouchon

C’est dans un bouchon lyonnais réputé, Le garet, que Jean Moulin a pris son dernier repas avant d’être arrêté par la Gestapo. Dans ce restaurant, il avait rencontré Daniel Cordier, devenu son secrétaire particulier. Ce dernier, agé de 95 ans, était présent lors de la commémoration du 18 juin dernier au Mont Valérien. PressNut.com est allé rendre visite au patron du Garet et a rencontré l’historien François Cartigny, pour qui l’appel du Général de Gaulle n’est pas aussi actuel que d’aucuns le prétendent.

Emmanuel Ferra veille sur la tradition du Garet, l’un des plus discrets mais aussi parmi les plus réputés bouchons de la ville de Lyon. Celui qui a fait ses classes dans les cuisines de nombreux chefs étoilés s’est mis à son compte en octobre 2002. Il se souvient par cœur de l’histoire de cet établissement connu pour être à l’origine, en 1870, un porte pot où l’on venait chercher son vin avant de devenir l’un des tous premiers bouchons en 1920. Durant la guerre, c’est la famille de Maurice Néanne qui tenait le comptoir et les cuisines. L’homme était un discret. L’endroit convenait aux résistants.

C’est ici, au Garet que Daniel Cordier a rencontré et accepté de devenir le secrétaire particulier de Jean Moulin. Un jour où Daniel Cordier était arrivé en avance, il s’était assis à la place de Jean Moulin, lequel le délogea illico presto afin de récupérer la place stratégique sur les banquettes qui lui permettait de surveiller toute la salle et la rue. Une place soulignée aujourd’hui par une plaque de cuivre vissée dans les boiseries. L’endroit est devenu un peu touristique. Il fait en tout cas partie des parcours de quelques tour-opérateurs spécialisés. Les écoliers, tous les ans, suivent également les traces de Jean Moulin dans la ville.

Faire revenir la France dans une idée Gaullienne

Le 18 juin dernier, le président François Hollande présidait aux cérémonies de commémoration du Mont Valérien. Daniel Cordier, en tant que Compagnon de la Libération était présent. Quelques commentateurs politiques ont évoqué le fait que cette visite se tenait dans un contexte particulier d’attentats. D’autres observateurs, qui semblent craindre pour la souveraineté de la France, remarquent que l’appel du 18 juin s’inscrit plus que jamais dans l’actualité. Une idée que ne partage pas François Cartigny, historien spécialiste de la Résistance, pour qui « si la France souffre certes des diktats d’une Europe devenue folle, ceux qui établissent un raccourci avec l’appel du 18 juin font fausse route. Dans un moment où notre pays ne joue quasiment plus aucun rôle à l’échelle de la planète, il faut certes faire revenir la France dans une idée Gaullienne mais les parallèles avec l’appel du 18 juin ne sont pas de circonstances.»

Finalement, c’est là que nous allons revenir à notre bouchon lyonnais, Le Garet. Toutes proportions gardées, il s’inscrit à sa façon dans une forme de résistance. Celle contre la malbouffe et les travers de la mondialisation. Niché au cœur de la cité, de là où s’enfuyait Jean Moulin vers les quais par une petite traboule, il tente malgré les assauts des touristes, de conserver son caractère authentique et discret. L’endroit, où trouvait certains soirs refuge un héros de la Résistance, ferait presque figure de symbole pour ceux qui en appellent à un nouveau 18 juin : un lieu avec une identité forte, à la fois discrète et généreuse, authentique, mais cerné peu à peu par un monde qui aimerait bien la transformer en une attraction morte plutôt qu’en un lieu vivant de mémoire.

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