L’homme qui murmure à l’oreille du cheval d’Auvergne

Laurent Pradier est passionné de chevaux depuis toujours. Lorsqu’il fait l’acquisition du domaine de Moidas sur la commune d’Orbeil, près d’Issoire, une question se pose tout naturellement : comment entretenir les 200 hectares pentus et escarpés autour de la base de loisirs en plein air Crapa’Hutte qu’il gère conjointement avec son activité d’éleveur de chevaux depuis 20 maintenant ? La réponse est dans la question : il s’intéresse aux chevaux de pays et contacte trois éleveurs. Une association de sauvegarde et de relance est créée. Laurent Pradier devient, après un laborieux et trépidant travail de rassemblement des bêtes et de documentation sur celles-ci, le président de l’association nationale du cheval d’ Auvergne. Gros plan sur le sauvetage de cette espèce.

La quasi disparition du cheval d’Auvergne est intimement liée à l’histoire militaire de notre pays : l’armée au 19ème siècle est devenue une armée d’occupation, une armée coloniale avec l’Afrique du Nord. Ce dont l’armée avait besoin, ce n’était plus d’une cavalerie mais d’occuper un territoire en assurant la logistique. Or, la logistique se fait avec des mulets et non pas avec des chevaux : le mulet a donc remplacé le cheval. Les seuls à avoir gardé quelques étalons sont les haras nationaux qui avaient pour politique de faire ou du lourd ou du léger : « Par exemple dans la plaine du Forez, on s’est mis à faire du Trotter, on a allégé le cheval de pays. Dans le Massif Central, la tendance a été à l’alourdir. Au 20ème siècle , il y a eu la mécanisation de l’agriculture et le seul débouché pour les chevaux, c’était la viande. En 4 générations, nous sommes passés de ce petit cheval qui faisait 500 kg à un cheval qui faisait 800 kg à 1 tonne. », explique Laurent Pradier.

Tout le travail de l’éleveur et de son association a été de se battre, depuis 1996, pour préserver le « Bidet osseux » comme l’écrivait Alexandre Dumas dans ses Trois Mousquetaires. « Ce cheval a été sélectionné pendant des siècles pour être un cheval de travail. Contrairement aux chevaux de compétition, c’est un animal qui s’inscrit dans la durée. Il est petit et trapu, comme tous les chevaux dans les territoires d’altitude. Il est résistant, rustique, il se nourrit de peu et passe l’hiver en montagne avec son double poil, comme à l’état sauvage. Le cheval d’Auvergne est typiquement ce que l’on appelle un cheval de montagne : robe sombre, du crin, double poil, des sabots noirs parce que la corne noire est plus solide que la corne blanche, pas très grand, environ 1m50… »

Reconnaissance de la race du cheval d’Auvergne

Pour relancer la race, Laurent Pradier a commencé avec seulement 32 bêtes. C’était en 1996 et ces quelques têtes étaient tout ce qui restait du cheval d’Auvergne. L’avantage, qui fut aussi un inconvénient, a été que le berceau de race est immense. La distance entre les départements a quelque peu freiné le regroupement. Mais la nature fait bien les choses : tous les gênes de rusticité sont des gênes dominants. A partir des années 1950, les juments ayant été croisées avec des chevaux plus lourds, donnaient de temps en temps naissance à un poulain plutôt de souche Auvergne. Pendant 10 ans, tout le travail de l’association a été de réunir ces chevaux et de « réabsorber » tous ces gênes et de refaire des croisements. Jusqu’à retrouver la race d’origine. Quinze ans après avoir démarré ce sauvetage, et grâce au soutien de la Région, l’association est arrivée à obtenir plusieurs centaines de chevaux. Aujourd’hui, l’association possède 500 animaux et avec les naissances de cette année, elle va approcher les 600 têtes.

En 2010, Laurent Pradier a réussi à faire reconnaître la race du cheval d’Auvergne : « L’association a signé une convention avec les haras nationaux , l’IFCE, et à partir de 2010 nous avons entamé un processus de reconnaissance. C’est en 2013 que la race a été reconnue, sur la foi d’écrits très anciens, tels que les descriptions d’Antoine de Pluvinel, véritable précurseur de l’école d’équitation française au XVIème siècle, et de tableaux d’époque. A présent, les éleveurs ont une petite aide financière pour la garde des étalons et pour les saillies. La gestion des lignées et des reproducteurs est assurée par l’IFCE. Tout est informatisé. L’association a des pleins papiers, c’est-à-dire qu’elle est sûre de la traçabilité des chevaux. »

Suivant l’âge, suivant le travail, un poulain d’Auvergne coûte entre 800 et 1 000€ . Il est possible d’atteindre les 3 000€ pour un cheval bien dressé d’environ 4 ans. L’association participe à des salons et à des concours. Il y a plusieurs types de concours : pour les éleveurs, ce sont des concours de modèles et d’allures, l’intérêt étant de sélectionner les reproducteurs. Ensuite, il y a les concours d’utilisation afin de mettre en valeur le cheval. Enfin, il y a les concours labellisation loisir : quasiment toute la cavalerie du Domaine de Moidas est labellisée loisir. Le cheval d’Auvergne a un caractère qui se prête particulièrement bien à cette activité : il est petit, trapu et n’a peur de rien. Et puis, l’association occupe des salons pour la promotion de la race : le salon de l’agriculture à Paris, le sommet de l’élevage à Cournon d’Auvergne, le salon du cheval à Lyon, Equita’Lyon. La race du cheval d’Auvergne est très dynamique. A tel point que des réflexions sont en cours pour la développer au delà des « frontières » de l’Auvergne. Et notamment en Rhône-Alpes qui ne possède pas de race de cheval typiquement régionale, ni de réelle vitalité d’un point de vue de l’élevage.

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