Le regard crispé sur sa toile, le regard du juste qui construit depuis plus de trente ans l’univers qui l’entoure et le transcende par sa peinture, Didier Amblard est un être à part qui œuvre quotidiennement en art thérapie à Clermont-Ferrand. Nous sommes bien loin de l’univers marketing des « artistes » bobos qui font de leur signature une marque, dans une démarche frisant l’indécence. Rencontre avec, sans doute, l’un des plus grands peintres français contemporains , parmi les plus émouvants et pourtant méconnus acteurs de l’art brut. Didier Amblard est exposé en permanence à Paris et, en ce moment, au musée Kunsthal de Rotterdam.

L’échange avec Didier Amblard sur sa peinture se fait peu à peu dans une intimité qui se nourrie de questionnement sur son œuvre et d’anecdotes sur sa vie d’avant, avant son hospitalisation en 1984. Le passé se fait confus, il parle de sa famille avec laquelle il a vécu, à Saint-Symphorien, près de Châtel-Guyon, du métier de son père, entrepreneur en maçonnerie avec qui il a travaillé. Il passe un CAP de menuiserie avant de basculer dans un tourbillon qui l’amènera à dessiner puis à peindre. C’est un réconfort pour lui. Et presque une mission : faire revivre à travers ses premiers dessins au stylo à bille les anciens bâtiments de l’hôpital psychiatrique et également ses camarades, disparus depuis pour la plupart. C’est presque un hommage ou une seconde vie qu’il leur offre.

« Quand je suis rentré ici, dit-il d’une voix douce, j’ai eu l’impression que toutes les portes s’étaient fermées. En réalité, ces portes sont ouvertes car je travaille avec des gens dont j’aime la personnalité. » Didier Amblard a eu plusieurs vies. « Quand mon fils est né, je suis parti seul en Martinique car je savais que j’étais malade, je suis parti à l’aventure. Je voyais des anges, j’entendais de la musique qui me rappelait la beauté du monde. Ca a été un chemin. Je marchais, je marchais, je passais sur les rochers pour aller d’une plage à une autre. Je pense avoir vu la Martinique au moment où je devais la voir. C’était une évasion.»

« Quand je créé, je pense toujours à ma petite maison »

Retour à Clermont-Ferrand. Le point d’ancrage dans l’élaboration de la peinture de Didier Amblard est une petite maison en contre-plaqué qu’il a réalisé pendant son apprentissage. Cette maison l’accompagne dans chacune de ses œuvres. Il la « promène partout dans sa tête ». C’est son port d’attache, dans une psyché perpétuellement tourmentée. Didier évoque les « lumières trangenscentes » dans sa peinture et c’est ainsi que le poète s’exprime. La poésie fait partie de cet artiste peintre qui n’ose – pas encore – se définir ainsi. Il sait qu’il est exposé dans une galerie parisienne spécialisée dans l’art brut, il sait qu’il est exposé en ce moment dans un musée d’art moderne de Rotterdam, mais ne s’intéresse qu’au bonheur qui l’anime quand il peint, tout simplement. D’ailleurs, au début, Didier Amblard ne signait même pas ses œuvres. Pourquoi ? « Par abandon, pour que ça tombe dans l’oubli. », dit-il.

Cet effacement volontaire, puisque Didier se sait conscient de la valeur marchande de son art, serait-il un refuge ? Didier est un artisan avant tout et quand on l’interroge sur le regard qu’il porte sur le marché de l’art, il emploie le mot de « fumisterie ». Didier Amblard est sans doute un génie qui ne veut pas le savoir. Ses peintures ne sont pas toutes signées du maître parce qu’il est loin d’avoir achevé son œuvre. « Je ne crois pas au bonheur, je ne crois pas au bonheur », répète-t-il inlassablement. «Je peins parce que je me dis qu’un jour je partirais là-haut, et je veux laisser quelque chose qui soit fini. Mais en même temps je n’ai pas envie d’y monter, là-haut, et du coup cette œuvre reste toujours inachevée… »  Nous quittons Didier Amblard pour le laisser à son travail. Semblant seul dans l’atelier, pourtant peuplé d’autres artistes, il peint, il peint, il peint…

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