Budget de la Région Auvergne Rhône-Alpes : Debat fuit le débat !

Le jeu de mots est un peu facile, j’en conviens volontiers. Il n’en reste pas moins qu’il illustre bien le niveau auquel se situe le débat politique, particulièrement délétère dans notre région. Jeudi 14 avril 2016, une partie seulement des élus a voté le premier budget de la nouvelle mandature. Les élus du PS et du FN ont en effet décidé de boycotter la session.

Ambiance tendue lors de l’assemblée plénière qui s’est tenue au Conseil régional jeudi dernier. Jean-François Debat, le chef de file du parti socialiste, a décidé de se retirer de l’hémicycle, entrainant avec lui ses camarades. Dans un bel élan de solidarité, les élus du FN lui ont emboité le pas. Nous avons donc pu assister à un cortège d’élus FNPS quittant, ulcérés, l’assemblée. Gageons qu’ils n’en renonceront pas pour autant à leurs indemnités. Dans une conférence de presse improvisée, Jean-François Debat a déclaré : « Laurent Wauquiez ne se place pas au niveau des responsabilités qui lui ont été confiées et on ne veut pas participer à cette mascarade ». Ce à quoi le même Laurent Wauquiez a rétorqué : « vous préférez fuir le débat ».

Quelle est la raison de cet embrouillamini ? Il semble bien que ce soit l’attitude de Laurent Wauquiez qui pose problème, plutôt que le budget en lui même. Qualifié à la fois de « prince », de « populiste » et « d’autocrate », le président de Région en prend pour son grade. Juste avant le vote, Jean-François Debat a publié sur son blog un « bilan des 100 jours » de la mandature de Laurent Wauquiez, dans lequel il dénonce le clientélisme, le copinage et les effets de « com ». Rien de bien nouveau, en somme, si ce n’est ce que les politiques se reprochent habituellement les uns les autres à mesure qu’ils s’échangent les majorités. La Région, elle, continue sa « com » et annonce un beau budget, tout bien ficelé, tout bon, tout chaud.

Le poète a toujours raison

De leur côté, les élus du Rassemblement citoyen écologique et solidaire, ont sorti la sulfateuse. Dans un long communiqué de presse, ils dressent de Laurent Wauquiez le portrait d’un homme « brutal et dangereux ». Rien que ça ! Mais ils dénoncent surtout « des choix budgétaires destructeurs ». Si tout est discutable, comme toujours en politique, il semble bien que la décision d’allouer 4,7 millions d’argent public à Pierre & Vacances pour la construction d’un Center Parc leur reste en travers de la gorge. Et convenons que cela pose questions ! En quoi cette usine à touristes est-elle en adéquation avec la politique touristique affichée par Laurent Wauquiez ? La « pleine nature » sous une bulle climatisée, cherchez l’erreur !

Quel est le fond du problème ? Et bien, la vraie question, c’est sans doute celle de la faiblesse du pouvoir actuellement en place au niveau national. La faiblesse d’un gouvernement qui se retrouve obligé de négocier la Loi Travail avec des étudiants qui n’ont jamais travaillé. La faiblesse d’un gouvernement en train de danser le rigodon. Un pas en avant, deux en arrière ! Laurent Wauquiez cherche peut-être tout simplement à prendre la posture inverse, à se positionner en homme fort et providentiel. Il n’en reste pas moins que le système semble à bout. Le mouvement Nuit Debout est un signal fort. D’aucuns diront à Jean-Louis Murat de s’occuper de ses chansons, mais il a déclaré dans une récente interview : « La politique ne m’intéresse pas. Sauf pour en dire du mal. C’est le fumier de la démocratie. Les générations futures, si elles veulent s’en sortir, devront inventer autre chose. Le suffrage universel, ça ne marche plus. » Le poète aurait-il toujours raison ?