Lui-même titulaire d’un baccalauréat mention « Bien », Laurent Wauquiez n’aurait pas eu droit à la bourse qu’il a décidé de rétablir en faveur des élèves les plus méritants. En effet, celle-ci est destinée à tous les nouveaux bacheliers de la région obtenant la mention « Très Bien », sans condition de ressources.

Sous Charlemagne déjà, l’enseignement était en principe gratuit. Mais c’est au cours du XIXe siècle que l’on observe une évolution progressive vers la réelle gratuité. Auparavant, il revenait aux conseils municipaux de fixer le montant de la rétribution scolaire payée par les famille et de dresser la liste des familles qui en étaient exemptées. Les lois Jules Ferry votées en 1881-1882, instaurent l’école gratuite, l’instruction obligatoire et l’enseignement public laïque. Le secondaire restera toutefois payant jusqu’en 1933. Mais jamais il n’a été question de bourses au mérite pour les élèves. Seul le professorat secondaire et supérieur était presque gratuit grâce à ce type de bourses dans les années 1890.

C’est uniquement en 2009 qu’une bourse au mérite est mise en place pour les lycéens obtenant le bac avec la mention « très Bien ». Seulement 4 ans plus tard, et un changement de majorité survenu entre-temps, décision est prise par le ministère de l’Enseignement Supérieur de supprimer cette mesure. La mise en application a été effective à la rentrée 2014. Et ce malgré le tollé général du côté des étudiants et de la part de nombreuses associations. Le Gouvernement a avancé l’augmentation du nombre de mentions pour justifier cette suppression et expliqué vouloir privilégier les boursiers sur des critères sociaux. Face à la protestation, le Gouvernement a finalement reculé et rétabli cette bourse en 2015… mais divisée de moitié.

Le mérite, une valeur qui divise

Existerait-il un certain malaise entre la gauche et la valeur « mérite » ? Il semble bien que oui. Le mérite serait en définitive une « repoussante » idée de droite. Mais les choses ne sont pas si simples car la droite traditionaliste semble elle-même divisée sur le sujet. Le premier courant, qui privilégie l’excellence, assimile l’égalité des chances à la reconnaissance du mérite. Le président Pompidou, passé des classes d’un village du fin fond du Cantal à Normale Sup est un exemple typique de promotion sociale par l’instruction publique. Le second courant, technocratique, entend assurer la promotion scolaire du peuple à travers l’enseignement technique.

La nouvelle mesure prise par la Région va concerner tous les lycéens inscrits en formation initiale dans un établissement d’enseignement secondaire d’Auvergne Rhône-Alpes (centre de formation des apprentis, lycée public, ou privé sous contrat d’association avec l’État), dépendant du Ministère de l’Éducation Nationale ou du Ministère de l’Agriculture. Cette bourse au mérite régionale de 500 euros viendra se rajouter à la bourse nationale. Laurent Wauquiez, président du Conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes, a déclaré que « face à une décision profondément injuste de la Ministre de l’Éducation nationale, il était très important de valoriser et récompenser les efforts accomplis par nos jeunes lycéens et de les accompagner dans les meilleures conditions dans leur parcours d’étude. » Cette mesure pourrait concerner jusqu’à 6 000 lycéens, ce qui représente donc une enveloppe globale de 3 millions d’euros.